Histoire de la F.R.A. Tashnagtsoutioun
L'histoire de la FRA est prodigieuse mais on a encore beaucoup de mal à faire la part du vrai et du faux, car certains faits relatés prennent véritablement une part de mythologie.
Le Tashnagtsoutioun fut créé pour la promotion de la cause arménienne ; ici nous nous intéresserons à son histoire de 1890 (année de la création du parti), jusqu'à 1921 (l'Union Soviétique arrive au pouvoir et l'Arménie doit se rendre).
L'épopée de la FRA a suivi un cycle répétitif au cours du temps, et a profondément marqué l'histoire du peuple arménien.
I. Pourquoi ce parti s'est-il créé ?
A) Les causes
Malgré le fait que la majorité des Arméniens vivaient sous l'Empire Ottoman, le parti fut créé en Géorgie. Pour le comprendre il faut remonter aux années 1830 : l'Empire était en ce temps régit par des « dirigeants éclairés » (c'étaient en fait des libéraux Turcs ayant étudié les idées des Lumières en Europe). Ils souhaitaient un régime tolérant pour tout le peuple : le Sultan veut ainsi accorder aux minorités ethniques les mêmes égalités qu'à tous les autres habitants.
En 1863, le Sultan étant au pouvoir accorde aux Arméniens la « Constitution Nationale Arménienne », qui est une sorte de gouvernement interne propre à cette communauté (à noter qu'en 1836 la Russie avait accordé des réformes qui laissait plus de droits aux Arméniens y habitant alors).
Ces réformes sont des renouveaux notamment pour les artistes Arméniens, leur liberté de s'exprimer donne un élan à la littérature et crée ainsi une émancipation culturelle. Mais par là, ces artistes souhaitent obtenir de plus en plus de libertés, qui prenant trop d'ampleur, sont supprimées par le gouvernement.
1878 : Suppression de la Constitution. Les Arméniens sont plus d'1,7 millions à vivre sous l'Empire.
Autant de personnes qui veulent échapper au pouvoir central et écrasant du sultan Abdul Hamid, qui ne l'accepte pas. De plus, en même temps que la renaissance culturelle qui est alors en cours, on peut observer qu'assassinats et injustices entre musulmans et chrétiens se perpétuent et même s'aggravent, à cause de l'abolition de la Constitution.
Pendant cette période, dans les six vilayets à majorité arménienne (Van, Erzurum, Sassoun...), se créent des « mouvements jeunes » :
-A Erzurum des jeunes arméniens se réunissent pour la protection de leur patrie ;
-K. Mikaelian fait partie d'un groupe (Yerdasart), à Tiflis il apprend aux jeunes à manipuler les armes (les partis qui se créent dans cette époque ont pour la plupart le but d'armer les jeunes [rappelons qu'à cette époque les arméniens n'avaient aucunement le droit d'en posséder et étaient donc dans l'incapacité de se défendre !])
-A Genève se crée le parti Hentchak, par des étudiants arméniens d'influence marxiste (ils veulent importer ces idées dans les provinces arméniennes...où elles ne fonctionneront pas en raison du fait que l'Arménie n'était alors pas un Etat industriel). Le Hentchak n'avait qu'une influence limitée, il s'est divisé en 1887.
B) La création concrète du parti
En 1889, Mikaelian a 29ans, c'est un intellectuel incontestable. C'est cette année qu'il constitue le parti Tashnag (en effet les aspirations du parti Hentchak ont échoué, et les autres partis se dissolvent alors que la situation Arménienne est la plus dure.)
Le but premier du parti est l'autonomie des Arméniens, la libération nationale par tous les moyens possibles. On remarque pourtant que le mot « indépendance », dans la lutte Tashnag, n'arrive qu'en 1918...La création d'un Etat arménien indépendant n'était donc pas le but premier.
En 1890, les Tashnags prennent la résolution de se séparer en deux ailes distinctes au sein du parti, les réunions se faisaient alors dans deux hôtels différents. (Note : le premier nom du parti était « Fédération des Révolutionnaires Arméniens », ceci afin de satisfaire ces deux côtés.)
II. L'épopée Tashnag
A) Les actions
● On s'organise et on envoie en Turquie et en Iran les dirigeants Tashnag. Ils sont chargés de la propagande, de la dispersion (par exemple on enseigne la langue Arménienne et on prépare à la lutte armée).
1890-1907 : Lutte armée. Les Tashnagtsagan se savent condamnés à la prison, de plus le destin d'un Fedayi était la mort pour neuf cas sur dix (c'est pour cette raison que le recrutement était indispensable, et malgré les risques, les jeunes restaient très militants.)
● Expédition de Khanassor en 1897 : on lève une armée de 250 militants fedayis, qui se chargent de l'extermination de la tribu Kurde des Mazrik. Cet affaire provoque un fort retentissement : toute activité militaire devient pratiquement impossible, et le nombre de morts parmi le peuple arménien s'accroît.
● 1896 : un groupe de vingt à vingt-cinq Tashnags s'empare de la banque ottomane de Constantinople pour une opération qui dura environ vingt heures. Par cette action, les dirigeants de ville prennent enfin ces hommes au sérieux.
Des négociations s'ouvrent car cette banque appartenait aux grandes puissances de l'Empire, et à leur issue, le groupe fût déporté dans une prison à Marseille.
● 1904 : on prépare l'assassinat d'Abdul Hamid, suite à la proposition de Zavarian (que l'on considérait comme la « conscience » du Tashnagtsoutioun). C'est Christaport (qui était à cette époque le chef du parti) qui va se charger de l'opération.
Seulement les bombes qui étaient fournies au groupe étaient de très mauvaise qualité ; il va mourir avant d'avoir pu tuer Hamid, car la bombe était mal réglée.
● Roubina Horanganian prend la suite de Christapor et devient dirigeante du groupe. C'est suite à une deuxième tentative d'assassinat échoué sur Hamid qu'elle décide de révolutionner l'utilisation des bombes, pour que l'on soit plus assuré de leur efficacité.
● 1919 : Début de l'opération Némésis par les Tashnags (cf. article « Opération Némésis »).
B) Les finances
L'organisation et la discipline étaient les bases du bon déroulement des actions ; mais elles nécessitaient de grosses sommes d'argent. En 1901, le parti décide de créer un groupe de collecte, qui prend le nom de « Potoghik » (=tempête) et reste secret.
Afin d'acheter les armes aux Russes, le Potoghik demandaient de l'argent aux riches Arméniens de l'Empire (s'ils refusaient ils étaient rançonnés) ou bien détournait de le marché à leur profit.
C) La presse Tashnag
Depuis la création concrète du parti, on a pu voir l'apparition de centaines de journaux tashnags différents.
En 1902 notamment, Christaport crée le journal Pro Armenia, qui dura douze ans à partir de ce moment. Les articles y étaient écrits en français et étaient cautionnés par des intellectuels comme jean Jaurès (de même, la propagande Arménienne était écrite en français).
En 1915, Zavarian meurt assassiné devant les locaux d'Azadavart, son journal...Cela nous rappelle étonnamment la triste mort du journaliste Hrant Dink, tué devant les locaux du journal Agos...
Je n'ai absolument rien inventé de ce qui est écrit ici. C'était le sujet de la conférence 1/3 donnée dans le cadre du Nor Seround sur l'histoire de la FRA. Bonne lecture ;)